Avec 180 000 salariés, 42 000 habitants et 45 000 étudiants, le quartier d’affaires de la Défense affiche une population très dense en semaine. Une densité qui provoque une saturation en matière d’accès aux soins, notamment auprès des médecins généralistes du quartier. Une situation telle que les délais pour consulter peuvent atteindre 15 jours. Un délai trop long pour soigner un rhume, une grippe ou encore une gastro-entérite.

Pour faire face à cette situation à l’échelle nationale, le ministère de la Santé a autorisé en 2018 le recours à la téléconsultation et le remboursement par la Sécurité sociale. Fin 2019, des bornes ont donc été installées dans des pharmacies du quartier d’affaires, la pharmacie Boieldieu, à Puteaux et celle des Fontenelles, située dans ce quartier populaire de Nanterre.

Certaines entreprises ont par ailleurs pris les devants dès 2016 en installant des cabines de téléconsultation directement au sein de leurs locaux, les frais de consultation étant alors pris en charge par la mutuelle d’entreprise. Fournies par la jeune pousse médicale H4D, ces cabines sont mises à disposition des salariés de quatre sièges de la Défense : EY, MSD, Icade, et EDF. Deux autres entreprises expérimentent actuellement le dispositif dans leur siège du quartier d’affaires.

Depuis quelques mois, la pharmacie Boieldieu à Puteaux propose à ses clients la possibilité d’effectuer des téléconsultations à l’aide d’une borne fournie par la jeune pousse Medadom.

L’association valorisant la santé au travail, le Centre Inter-entreprises et Artisanal de santé au travail (Ciamt) a également installé une cabine dans ses locaux du quartier d’affaires. Plus largement, ce dispositif semble s’inscrire dans une volonté des entreprises d’intégrer l’accès aux soins au lieu de travail pour augmenter la qualité de vie de leurs employés.

« J’ai pu consulter pour mes migraines », explique une habitante des Fontenelles qui a déjà eu recours à deux reprises à la borne de la pharmacie du quartier. « J’ai commencé à avoir des symptômes d’une grippe, renchérit cette jeune salariée du quartier d’affaires début janvier. En passant chercher des médicaments, j’ai pu faire une téléconsultation et avoir un traitement plus approprié que seulement du Doliprane. Trois jours plus tard, c’était réglé ».

Une autre cliente de la pharmacie a consulté pour son mal de dos et a pu se « faire prescrire une ceinture pour [son] dos ». Une autre a « pu renouveler son traitement de fond, car son médecin généraliste n’était pas disponible avant trois semaines. » Si ces patients ont pu bénéficier de la télémédecine par borne en pharmacies, l’accès aux soins pour les autres usagers de la Défense relève parfois du parcours du combattant.

« En ce moment, c’est de plus en plus compliqué d’obtenir un rendez-vous », regrette une habitante du quartier Boieldieu à la retraite. « Quand on est malade et que l’on souhaite prendre un rendez-vous, les disponibilités sont trop éloignées dans le temps, explique un salarié de la tour Franklin voisine. Si l’on prend rendez-vous, on ne sera déjà plus malade en arrivant chez le médecin. »

Et le constat est sensiblement le même quelque soit le secteur à la Défense. « Il y a un seul généraliste sur le quartier Boieldieu, au Pôle santé, il n’y a pas de médecin généraliste, a constaté le docteur en pharmacie Kiem Guyobon, gérante de l’officine du quartier Boieldieu. Pas étonnant que les urgences soient ensuite saturées. »

Nicolas Zéphir, pharmacien dans le quartier des Fontenelles à Nanterre, voisin de la Défense, qui a vu six généralistes dans un rayon de 500 mètres partir depuis son installation fin 2012 se sent impuissant. « Notre profession a une règle : c’est une pharmacie pour 4 000 habitants, rappelle-t-il. Pourquoi une règle similaire n’est-elle pas mise en place pour les généralistes ? ».

Pour remédier à cette pénurie de généralistes, le ministère de la Santé a décidé courant 2018 le remboursement de la télémédecine par la Sécurité sociale. Objectif : améliorer l’accès aux soins et permettre aux patients de soigner des pathologies mineures rapidement, évitant ainsi d’engorger les urgences plus qu’elles ne le sont déjà.

Depuis quelques mois, la pharmacie Boieldieu à Puteaux et celle des Fontenelles à Nanterre proposent donc à leurs clients la possibilité d’effectuer des téléconsultations à l’aide de bornes fournies par la jeune pousse Medadom. « On paye chaque mois un loyer aux alentours de 300 euros, précise Franck Zéphir, pharmacien aux Fontenelles. Et cela nous permet de consulter rapidement pour des maladies comme la gastro-entérite, la rhinopharyngite, la grippe et l’otite ».

« La borne est équipée d’instruments de mesures connectés comme un otoscope [pour inspecter les oreilles, Ndlr], un tensiomètre, un dermatoscope pour inspecter la peau, détaille le docteur Guyobon de la pharmacie Boieldieu. Cela nous est aussi utile pour inspecter des affections de l’œil comme les conjonctivites ou les orgelets ».

Quant à la consultation, elle suit différentes étapes très précises. « Le patient est identifié à l’aide de sa carte vitale qu’il insère dans la machine, détaille Franck Zéphir, pharmacien des Fontenelles. Puis, une fois l’examen effectué et le diagnostic établi, l’ordonnance est imprimée sur place et nous préparons les médicaments ».

Si la téléconsultation investit actuellement les pharmacies, elle est déjà en place depuis 2016 dans certaines entreprises grâce à un fonctionnement identique à celui de la borne de Medadom. En avance sur la décision du ministère de la Santé, les entreprises ont investi dans une cabine de téléconsultation à l’instar du cabinet de conseil EY, installé dans la tour First ou encore MSD et Icade. Deux autres entreprises du quartier d’affaires sont également en phase d’expérimention du dispositif.

« Ces entreprises louent notre machine depuis fin 2016, début 2017 avec une prise en charge complète de la part de leur mutuelle », explique Laetitia Dhers, directrice du marketing et de la communication pour H4D, la société fournisseuse de cabines de téléconsultation. Celles-ci sont également utilisées en médecine préventive au sein de la tour EDF tout comme dans le Centre Inter-entreprises et Artisanal de santé au travail (Ciamt).

Au siège du cabinet de conseil EY, le dispositif est installé au 13ème étage depuis deux ans, et les salariés peuvent prendre rendez-vous en ligne et effectuer la téléconsultation dans la journée. « Pour nous, l’avantage est d’apporter un service aux collaborateurs afin qu’ils puissent se soigner plus vite et facilement, justifie Sophie Deconclois, directrice des ressources humaines chez EY. Cela nous permet d’éviter que certains virus ne se propagent parce que nos salariés n’auraient pas le temps d’aller consulter ».

« Une fois que la consultation est terminée, l’ordonnance s’imprime et ils n’ont plus qu’à aller à la pharmacie en bas de la tour [Place des Saisons, Ndlr] », explique la DRH du cabinet de conseil. Selon elle, « la cabine héberge environ 200 consultations par an » avec un taux de satisfaction de 98 % des utilisateurs.

Quant aux bornes Medadom installées dans les pharmacies, elles sont toujours en phase de tests par les gérants. « C’est variable, en ce moment, j’ai trois à huit patients qui utilisent la borne, parfois dix », comptabilise par semaine le pharmacien nanterrien. À la pharmacie Boieldieu, Kiem Guyobon en fait deux à trois par semaine. « Pas plus pour le moment car nous n’avons pas le droit de communiquer sur le sujet en dehors de l’affiche sur la vitrine », tempère-t-elle.

« La borne est équipée d’instruments de mesures connectés comme un otoscope, un tensiomètre, un dermatoscope pour inspecter la peau », détaille docteur Guyobon à de la pharmacie Boieldieu.

L’accès aux soins reste ainsi dans une situation précaire en raison de la forte densité de population du quartier d’affaires en semaine. En plus des 42 000 habitants du quartier d’affaires, s’ajoutent 180 000 salariés et 45 000 étudiants. 267 000 personnes auxquelles la quinzaine de médecins généralistes exerçant, dans et à proximité du quartier ne peut répondre.

Si Paris affiche plus de 12 médecins généralistes pour 10 000 habitants, les villes voisines du quartier d’affaires sont bien moins dotées : sept médecins pour 10 000 habitants à Puteaux, 7,8 à Courbevoie, rapporte l’Union régionale des professionnels de santé médecins Ile-de-France (URPS). Nanterre et la Garenne-Colombes comptent respectivement sur 5,5 et 5,8 médecins pour 10 000 habitants. Un nombre en deçà de la Seine-Saint-Denis (6,6), département considéré comme un désert médical.

En plus de la cabine de téléconsultation, le cabinet de conseil EY, avec le concours de son médecin du travail, a par ailleurs créé une riche offre de soins à destination de ses salariés : « séances d’ostéopathie, d’ophtalmologie, conférences de deux heures sur la nutrition et le sommeil, énumère la DRH. Nous avons également un service de santé pour la vaccination contre la grippe ou encore pour faire des prises de sang. »