« Pas de fachos dans nos facs ! » Jeudi 26 septembre, la publication de la page Facebook NPA de Nanterre université est explicite. Assortie d’une vidéo, elle fait suite à une violente altercation entre des militants de la Cocarde, premier syndicat étudiant de l’université Paris Nanterre se décrivant « de droite », avec des étudiants de gauche du NPA et de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) qui le dénoncent comme « d’extrême-droite ». Ces derniers ont donc décidé d’expulser du campus les membres de la section de la Cocarde.

Ce jeudi-là, ils ont été une cinquantaine à se mobiliser pour ramener les étudiants du nouveau syndicat à la station de RER. Des coups ont été donnés, des crachats reçus, la sécurité du campus a dû intervenir. Si un des membres de la Cocarde a déposé plainte, sa section de Nanterre a répliqué le mercredi 2 octobre dernier, accompagnée de membres des sections parisiennes. Créée en mars 2019, la Cocarde nanterrienne compterait une quinzaine de membres. Ils souhaitent « rééquilibrer » la représentation politique au sein de l’université Paris Nanterre, historiquement à gauche.

« Cassez-vous ! Cassez-vous ! Cassez-vous ! », crient une cinquantaine d’étudiants et militants de gauche qui escortent manu militari les membres de la Cocarde nanterrienne hors du campus jeudi 26 septembre, à l’heure du déjeuner. « Tout a commencé lorsque nous avons été interpellés par un étudiant qui nous insultait et criait fort », raconte un des membres du nouveau syndicat étudiant très à droite de Nanterre.

« Ses cris ont rapidement attiré une foule, puis les leaders du Nouveau parti anti-capitaliste (NPA). », continue le jeune homme. « On nous reproche d’être des fachos, de n’avoir rien à faire ici et de tenir des propos racistes, homophobes et transphobes », explique Émilie Gérard, la cheffe de section qui arrive pendant ce face-à-face.

« Rapidement, ils ont décidé de nous raccompagner à la gare du campus », poursuit un autre membre. Pendant le trajet jusqu’aux portiques de la gare, « nous avons reçu des coups de pied et des crachats à la figure », raconte-t-il. « À 50 contre 7, on ne pouvait rien faire », renchérit Émilie Gérard. L’altercation prend de l’ampleur. Des membres du service de sécurité de la fac interviennent, empêchant quiconque de passer les portiques de la gare.

« Il y avait des membres de la Cocarde qui, depuis le matin, collaient des autocollants et arrachaient des affiches, commente de son côté Émile Pradier, du NPA de l’université Paris Nanterre. Il n’y a eu que des altercations verbales dans la matinée et vers 13 h, un étudiant les a vu arracher une affiche anti-fasciste et poser un autocollant de la Cocarde. Cet étudiant, qui n’est pas du NPA, a commencé à les embrouiller. » Prévenus par des étudiants, les membres du NPA se rendent sur place tout comme certains membres de l’Unef.

« Devant la trentaine d’étudiants présents, on a décidé de leur faire savoir ce qu’ils étaient et de les raccompagner jusqu’à la gare, rapporte Emile Pradier. On a commencé à le faire, puis les vigiles les ont encadrés jusqu’à la gare, et contrairement à ce que raconte la Cocarde, il n’y a pas eu de violences. » Un membre du service de sécurité de la fac, croisé vendredi 4 octobre sur le campus, se dit pourtant témoin de « crachats » et affirme qu’un de ses collègues aurait vu « des coups de pieds ».

La présence de la très droitière Cocarde est tout un symbole pour l’université. Surnommée « Nanterre la rouge » en 1968 en raison de son ancrage idéologique à gauche, voire à l’extrême-gauche, la fac voit pour la première fois éclore en son sein un syndicat étudiant composé de militants issus de la droite comme de l’extrême-droite, selon plusieurs de ses membres dont certains habitent Paris. « La naissance de la Cocarde annonce l’arrivée de la bourgeoisie parisienne à Paris X », analyse Émile Pradier du NPA.

Sa présence ne rassure pas les organisations de gauche implantées au sein de la faculté, à l’instar du NPA ou de l’Unef. Deux jours avant la fameuse altercation, lors d’une assemblée générale de rentrée à l’initiative des organisations étudiantes de gauche, un étudiant prenait ainsi le micro pour « prévenir ses camarades » de l’existence de ce « syndicat d’extrême-droite » dont les membres « s’amusent à coller des stickers un peu partout ». Le jeune homme appelle alors à la « vigilance pour identifier les militants de la Cocarde et mettre dehors ces fachos. »

Créé en 2015, le syndicat étudiant affiche un curseur politique très à droite, pourfendant les blocages dans les universités et faisant valoir la méritocratie. La Cocarde s’est aussi faite connaître en organisant des conférences avec plusieurs figures de la droite conservatrice et de l’extrême-droite, comme Marion Maréchal-Le Pen et Jean-Frédéric Poisson.

Arrivée en septembre 2018 à Nanterre, Émilie Gérard a un déclic en intégrant l’université, où l’atmosphère de luttes sociales et de militantisme de gauche est omniprésente. « J’ai été approchée par un membre de la Cocarde sur Twitter et j’ai commencé à m’investir dans un projet de création de section à Nanterre », se souvient-elle. «  On n’était que deux, puis en mars 2019, la Cocarde Nanterre est née », explique la militante dont le syndicat compterait « une quinzaine de membres ».

« À Nanterre, la Cocarde a pour objectif de proposer une alternative aux étudiants en dehors de la gauche », explique l’étudiante en droit. L’opposition entre les militants de gauche et de droite ne va probablement pas en rester là. Les militants de la Cocarde de Nanterre, secondés des membres de l’antenne parisienne, se sont rassemblés sur le parvis de la faculté mercredi 2 octobre sous forme de revanche, chantant la Marseillaise et scandant des slogans tels que « on est chez nous ! ».

« Nous voulions dire qu’on est autant chez nous que le NPA et l’Unef sont chez eux », se défend la cheffe de section de la Cocarde. « Ils étaient une bonne trentaine, avec certains militants de l’Action française munis de gants coqués », rapporte Emile Pradier du NPA. Suite à l’altercation du 26 septembre, un des membres du nouveau syndicat étudiant a déposé plainte pour « violence commise en réunion ». Depuis, deux étudiants ont rejoint le syndicat en ayant appris son existence via les réseaux sociaux, se félicite-t-on à la Cocarde.