La technologie prend encore un peu plus de place dans le monde du travail tertiaire, à entendre les différents acteurs du secteur. Connaissances en codage, développement web et interfaces de programmation sont encore pour l’instant des compétences relativement rares chez les managers hors du secteur du développement informatique, mais pourraient rapidement devenir la norme. Si ces termes sont encore bien abstraits pour certains, d’autres se forment pour améliorer leur efficacité professionnelle, ou pour être en capacité d’échanger plus simplement avec leurs interlocuteurs.

À la Défense, certaines écoles prennent le taureau par les cornes pour servir la future carrière de leurs étudiants qui paient cher une formation devant leur garantir des emplois rémunérateurs, comme les entreprises du quartier d’affaires qui sont pour elles d’importants partenaires. L’Iéseg, école de management située presque au pied de la Grande arche, intègre ainsi à partir de cette rentrée dans tous ses cursus des cours de code dispensés par l’école spécialisée le Wagon, afin que les futurs cadres supérieurs soient solidement formés au développement informatique.

Une autre école de la Défense, la Web international School (Wis), juste implantée au sein du Campus HEP, en bordure du quartier d’affaires côté Puteaux, vient d’ouvrir avec pour objectif principal d’apprendre en parallèle le développement numérique, le marketing et la communication. Le problème est ici pris à rebours, en formant des développeurs ayant de bonnes connaissances en marketing et en communication, et pouvant diriger des équipes.

L’Iéseg, école de management à la Défense, a créé un partenariat avec l’école de codage le Wagon pour « renforcer le digital dans la façon d’enseigner et sur le contenu des cours ».

« Quand on est manager, on a forcément plus de crédibilité […], on fait la différence, expose sans ambages Rebecca Menat, « chief marketing officer » de l’école de codage le Wagon. Sur un CV, quand on sait coder, on a clairement un avantage par rapport à un même profil. Ce sont des compétences qui sont hyper prisées aujourd’hui. » Fondé en 2014, le Wagon forme des salariés de grandes entreprises comme la Société générale ou Axa, elle attire principalement les jeunes diplômés et cadres.

Pourquoi le code lui-même, longtemps délaissé par les échelons hiérarchiques hors des entreprises spécialisées, start-up ou futurs géants du numérique, devient-il si indispensable ? Pour la productivité pure des managers et chefs de projets d’abord, explique-t-on au Wagon, qui dispense bien des formations dans des entreprises du Cac 40.

Le codage permet ainsi d’automatiser soi-même de nombreuses tâches, notamment marketing, par exemple en utilisant des services tiers bien plus pratiques et efficaces que les méthodes traditionnelles. Pareillement, maîtriser des langages comme SQL ou Python permettrait dans certains cas d’analyser de gros volumes de données bien plus rapidement qu’avec l’éternel et toujours indispensable tableur.

Chefs de projets, consultants, analystes ou responsables marketing sont ainsi formés à l’analyse de données et au codage. « Avec Python, le traitement de données est beaucoup plus rapide et beaucoup plus facile, analyse la « chief marketing officer » de l’école. Ils vont gagner énormément de temps. »

Mais les bienfaits de la pratique du code, ou du moins de solides connaissances dans ce domaine, ne se limitent pas à la seule amélioration du rendement du travail individuel, alors que les parcours professionnels sont de plus en plus changeants. « Créer sa boîte […], changer de carrière, acquérir de nouvelles compétences techniques pour monter au sein de son entreprise, ou une plus grande flexibilité dans sa vie professionnelle pour démarrer une carrière en freelance », énumère-t-elle ainsi des motivations des élèves de l’école, dont la moyenne d’âge est d’une trentaine d’années.

Surtout, elle pointe la nécessité, dans une société de plus en plus dominée par les technologies numériques, de pouvoir échanger avec ceux qui la construisent dans tous les domaines. « Souvent aujourd’hui, les chefs de projet ne comprennent pas vraiment ce qui peut prendre du temps, ce qui peut être compliqué, ce qui est facile…, détaille Rebecca Menat. C’est difficile pour les chefs de projet qui n’ont pas de compétence tech de travailler avec des équipes techniques. »

Avoir déjà développé des prototypes, créé une application mobile, par exemple, peut selon elle s’avérer utile pour échanger avec les sous-traitants ou les équipes techniques. « Quand on est manager, on a tout simplement plus de crédibilité quand on connaît l’aspect technique, estime Rebecca Menat. Dans les boîtes tech, ça devrait être quasiment obligatoire. Dans les boîtes plus traditionnelles, ça permet aussi de faire la différence. »

Quant aux champs professionnels les plus infusés de numérique, à l’instar du marketing, la connaissance du code et surtout de ses contraintes techniques y serait décisive. « Les métiers changent et on voit qu’aujourd’hui, dans le marketing, il y a beaucoup de technologies qui arrivent sans arrêt, il faut former », note Priscilla Neloppe, responsable du développement du campus de l’Ecole professionnelle des sciences informatiques (Epsi) et de la Wis, qui précise que la demande initiale ayant mené à la création des premières branches des Wis, comme de celle de la Défense, vient d’abord des entreprises.

Le métier de product manager serait lui aussi en passe d’évoluer fortement selon Boris Paillard, cofondateur du Wagon. « Pour être légitimes, ils ne pourront pas avoir juste un langage business », expliquait-il lors de la conférence de presse de rentrée de l’Iéseg donnée sur son site de la Défense, dont le partenariat avec l’école de codage fait suite à des accords similaires passés par cette dernière avec HEC ou l’Essec, entre autres.

« Souvent, ils apprennent un peu sur le tard soit la technique, soit le marketing », expose la responsable de la toute nouvelle Web international school de la Défense, située au Campus HEP.

L’école de commerce et de management a annoncé lors de cette conférence de rentrée que l’ensemble de ses cursus comprendraient désormais des formations dispensées par le Wagon. L’école, dont les frais de scolarité moyens dépassent les 10 000 euros annuels, va ainsi intégrer le codage, le design de l’expérience comme des interfaces utilisateurs (UX et UI, Ndlr), mais également l’automatisation et le développement web, au sein des cours dispensés aux élèves.

Le but pour l’Iéseg, sur un marché très concurrentiel : « Lancer un programme diplômant très poussé au niveau de la tech », se réjouit le directeur Jean-Philippe Ammeux. Il souhaite également « renforcer le digital dans la façon d’enseigner et sur le contenu des cours ». Les élèves de l’Iéseg auront ainsi des modules obligatoires, dispensés uniquement en ligne lors des deux premières années de bachelor. En master, deux autres modules seront proposés, sur la base du volontariat cette fois, a annoncé le directeur, fier de lancer un nouveau programme baptisé « code et leadership ».

Car cette compétition n’est pas qu’entre écoles de commerce, et peut aussi venir d’un cheminement inversé. L’Epsi lance ainsi à la Défense cette année une branche locale de sa Web international school (Wis), qui ajoute au développement informatique de solides notions de marketing et de communication. Présente dans au sein du Campus HEP qui regroupe écoles et centres de formation, elle veut répondre aux besoins des grandes sociétés avec des profils plus complets, en trois ou cinq ans d’études coûtant entre 6 500 euros et 9 000 euros annuels.

« On va proposer la partie technique et la partie métier, détaille la responsable du développement du campus Epsi et de la Wis. Souvent, ils apprennent un peu sur le tard soit la technique, soit le marketing. Là, ils vont savoir ce qu’est le développement, et savoir le mettre en avant soit à l’aide du marketing, soit à l’aide de la communication. » La quarantaine d’élèves de cette première saison ne manquerait pas de propositions : « Dès la semaine prochaine, on a des entreprises qui viennent proposer des postes en CDI pour septembre prochain », assure-t-elle.