« C’est la quatrième édition en quatre ans, et on a doublé d’ampleur par rapport à l’année dernière ! » Sylvain Reymond, directeur général de l’association Pro bono lab depuis 10 mois, a de quoi se réjouir. Un peu plus de 200 salariés ont accepté de s’investir, le temps d’une journée nommée Probono factory, pour aider 20 associations, porteuses de 22 projets.

Vingt entreprises partenaires accueillaient ces réunions dans leurs locaux. Cet événement de mécénat de compétences inédit en France par son ampleur est organisé par cette association fondée en 2011, dans le cadre d’un partenariat avec Paris La Défense, l’établissement public gestionnaire et aménageur du quartier d’affaires.

Mercredi 14 octobre, dans la tour Franklin, huit salariés d’entreprises différentes étaient présents pour aider l’association [email protected] La jeune association s’occupe de la valorisation de bio-déchets et souhaite créer une ferme urbaine en milieu urbain à Achères (Yvelines), mais peine à recruter des bénévoles.

Au terme d’une journée de travail, l’équipe des volontaires s’attelle à la difficile tâche de trouver un chef de projet pour le « sourcing des bio-déchets ». Ils déterminent une fiche de poste et s’intéressent aux moyens de diffusion. Ils ciblent donc des sites internet en phase avec le projet et touchant les salariés du quartier, comme le site monjobdesens.com ou encore fuyonsladefense.com.

Christian Carozzy travaille dans le secteur des ressources humaines au sein du groupe Thalès, il fait partie des salariés volontaires présents à la table ronde. L’homme veut « apporter ses quelques compétences sur le sujet » à Inté[email protected] « J’ai choisi cette association pour le côté écologique et social, mais surtout parce que c’est assez rare qu’une association ait besoin de RH, d’habitude, c’est plutôt des demandes en marketing ou en rédactionnel », explique-t-il.

De son côté, Alice Bauchet, membre de l’association menant le projet de ferme urbaine, se montre émue de l’engagement des salariés qui ont fait le déplacement. « C’est vraiment hyper touchant, parce qu’on a tendance à se sentir seuls et isolés, confie-t-elle. Avoir des regards extérieurs dans le développement de projet, c’est super, parce qu’on a trop la tête dans le guidon. »

Les facilitatrices du Pro bono lab organisent la réunion entre associations et salariés sous la forme de tables rondes.

Dans la tour Franklin, la réunion a lieu dans les locaux de Tiru, spécialiste de la valorisation des déchets et filiale de Dalkia, appartenant au groupe EDF. « Il y a bien sûr une continuité entre nos domaines d’expertise et les demandes de l’association, mais il y a aussi un enjeu de valeur de marque pour la compagnie », confie le service communication de l’entreprise.

« Le premier enjeu est celui de la cohésion interne porté par la RH, analyse le directeur de Pro bono lab. Ensuite, un enjeu d’image et de réputation, puisque cela permet à l’entreprise de montrer qu’elle s’investit dans le tissu associatif du territoire. » La Fondation EDF est d’ailleurs devenue le deuxième partenaire financier de l’opération, en finançant l’association à hauteur de 100 000 euros par an. Le premier financeur de Pro bono lab est le groupe d’assurances AG2R la mondiale, pour lequel l’investissement reste cependant confidentiel.

Dans les locaux de Paris La Défense, c’est l’association Action handicap France qui cherchait des conseils auprès des salariés de la Défense. Thème de la journée : mettre en valeur les actions effectuées dans les domaines de la culture et du tourisme. Anne, maman d’un enfant handicapé, est ravie de « pouvoir contribuer au niveau social ».

Chargée d’affaires chez Dalkia, elle peut partager ses compétences, elle qui s’y connaît bien « en stratégie de développement commercial ». Comme tous les employés des filiales d’EDF, l’entreprise lui a donné sa journée. « C’est pas mon cas, moi, j’ai dû poser un jour de congé », souffle cette autre employée de Thalès, présente en soutien à l’association.

La directrice d’Action handicap France, Stéphanie Xeuxet, est elle aussi satisfaite de l’aide reçue sur sa stratégie de communication. « Ca nous permet d’avoir une aide, de gens extérieurs à l’association, et c’est vraiment pratique », explique-t-elle. « C’est aussi un super timing car pour nous, les mois d’octobre, novembre et décembre sont les plus intéressants, se félicite-t-elle également. Ce sont les périodes où les entreprises bouclent leur budget, et donc là où l’on peut obtenir des financements. »

Paris La Défense, qui a mis a disposition ses locaux tout neufs, est également un partenaire historique de toute l’opération de Pro bono lab. « C’est une belle occasion pour eux de mettre en valeur le potentiel des salariés de la Défense, c’est, à mon avis, un symbole très fort », commente Sylvain Reymond.

Le timing est parfait pour l’association Action handicap France, qui se fait aider dans sa stratégie cinq jours avant que ne se tienne la Semaine pour le handicap.

Dans la tour Carpe diem, l’entreprise DXC technology met pour la première fois à disposition ses locaux. Elle aussi offrait leur journée aux salariés bénévoles. « On voulait nous-mêmes participer à l’évènement, mais aussi, en terme de marque employeur, montrer que l’on participe à la vie de la défense », indique le service communication. L’association Auxilia, qui offre des cours de soutien aux adultes en grandes difficultés (des détenus à 90 %, Ndlr), a ainsi élu domicile, le temps d’une journée, dans les locaux de la société de conseil.

Laurianne, employée de chez DXC tout juste sortie d’école de commerce, avoue avoir été séduite par la proposition de son entreprise de participer au mécénat de compétences. « Ils nous ont proposé et j’ai tout de suite dis oui, ça me permet de sortir un instant du milieu du business commercial, fait-elle remarquer. Mais c’est surtout parce que dans ce monde où tout va vite, revenir au sein d’une association, ça donne du sens. »

« On a un réseau de 800 bénévoles, mais on constate une plus grande volatilité dans le bénévolat », glisse le chef de service d’Auxilia, Nicolas Dhelft. « C’est la première fois que l’on participe à la Probono factory et c’est très positif. On a besoin d’un œil neuf, parce qu’on doit de plus en plus se comporter comme une entreprise, travailler en mode projet, et ça, c’est tout nouveau pour nous ! ». Il voit donc dans ce « coup de main ponctuel » une belle occasion de se moderniser.

Ségolène Bunel, directrice des Hauts-de-France pour Pro bono lab, joue le rôle d’animatrice pour coordonner les échanges. « On essaye d’abord de briser la glace entre les participants, qui ne se connaissent pas, décrit-elle. Ce matin, on a demandé à chacun de décrire son rêve le plus fou : l’une des volontaires nous a dit qu’elle aimerait être un canard pour pouvoir voler, ça peut sembler bête, mais ça a bien fonctionné. »

«  Ce soir, on attend 450 inscrits », glisse nerveusement Sylvain Reymond, 40 mn avant le début de l’événement de clôture de cet éprouvant « marathon pro bono » de deux jours. La salle d’événementiel l’Alternatif, derrière la tour Opus 12, au niveau du parking Villon, commence doucement à se remplir. « On est un peu sur les rotules, mais ça en vaut vraiment la peine, parce que ces invités vont pouvoir donner leurs suggestions pour le mécénat de compétences de demain », poursuit-t-il, mettant en avant cette « première en France ».

Ce soir-là, une centaine de propositions ont été déposées, une trentaine ont été retenues. Elles nourrissent le manifeste Toute compétence est un bien public, publié le lendemain par le Pro bono lab, qui a bien grandi depuis ses débuts à Clichy en 2011. Elle souhaite positionner la Probono factory comme un « évènement de référence » selon Sylvain Raymond.

Pour y arriver, l’organisation compte sur des soutiens de poids. « Dans la semaine qui vient, quatre grands dirigeants vont signer une tribune pour nous soutenir : Frédéric Oudéa, le directeur général de la Société Générale, Marie-Célie Guillaume, la directrice générale de Paris La Défense, Frédéric Moulin, le président du conseil d’administration du cabinet Deloitte, et Alain Dinin le PDG de Nexity ». Sylvain Raymond pourra ensuite rattraper le sommeil perdu dans l’organisation de cette participation ponctuelle de spécialistes venant à l’aide d’associations.