La rénovation des emblématiques tours Nuages, érigées par Emile Aillaud entre 1973 et 1981 au pied de la Défense, permettra-t-elle de changer le quartier ? Ses habitants, pour l’instant, semblent en effet bien loin d’apprécier le résultat du futur chantier. Eux réclament surtout rapidement plus de sécurité, de propreté ainsi que d’information, selon ceux qui ont participé, mercredi 29 mai dernier, à une visite dédiée au cadre de vie en présence du conseiller municipal référent du quartier, des bailleurs sociaux et de fonctionnaires municipaux.

Intégré au Nouveau programme national de rénovation urbaine (NPNRU) par l’État, ce vaste chantier a été présenté en mai par le maire Patrick Jarry (DVG) au ministre de la culture Franck Riester (LREM). Des 18 tours, une sera détruite au 121 avenue Pablo Picasso, et six autres verront leur usage être radicalement transformé (voir encadré). Si les bailleurs sociaux comptent couvrir d’une double peau métallique les tours qu’ils conservent en propriété, les mosaïques couvrant les six bâtiments modifiés en logements privés, étudiants et locaux d’activité pourraient être conservées.

Devant la mairie de quartier, une douzaine d’habitants sont présents. « Il faut travailler la participation, il devrait y avoir 200 personnes », peste Patrick Sylviano de Gallard. Habitant du quartier depuis 18 ans, président de l’amicale Aillaud fraternité, il a représenté 71 associations du quartier du Parc Sud au jury de l’appel à projets lancé par la municipalité et les bailleurs sociaux, ayant abouti à la sélection du groupe Altarea-Cogedim face à un groupement formé par Bouygues, Nexity et Ogic.

Si les bailleurs sociaux comptent couvrir d’une double peau métallique les tours qu’ils conservent en propriété, les mosaïques couvrant les six bâtiments modifiés en logements privés, étudiants et locaux d’activité pourraient être conservées.

« Dans les tours, les gens, même à la 17 qui doit être remplacée, ne sont pas au courant », déplore ce représentant de locataires alors que la concertation doit passer à la vitesse supérieure dans les prochains mois, le chantier de la première phase de rénovation étant prévu pour durer cinq à six ans. S’il soutient fortement la rénovation du quartier, il s’inquiète de l’efficacité du processus de consultation : « Une partie des habitants ne sont pas encore dans la transformation. »

L’ambition, par cette rénovation, est pour bailleurs et mairie d’inverser la pente descendante d’un quartier populaire autrefois apprécié de ses habitants. « Le quartier était très bien, tout était propre, nous avions chacun notre arbre, maintenant, il n’y a plus rien ! », fait remarquer une habitante âgée, présente aux tours Aillaud depuis une quarantaine d’années. « Chacun prenait soin, on était fier d’habiter ce quartier, il était beau », rappelle-t-elle aux côtés de deux autres habitantes. « C’est très dégradé », commente tristement du présent l’une d’elles.

« On sait qu’il va se passer plein de choses mais on ne sait pas quoi », commente une autre habitante étant pourtant venue, il y a quelques mois, à l’un des ateliers de concertation. « On ne parle pas le même langage, ils parlent avec des mots d’architecte », regrette-t-elle sans cacher ne pas avoir vraiment compris les présentations qui y avaient été faites. « Ils sont des CSP+ et ont une manière d’aborder les sujets qui ne sont pas le langage du quartier », analyse Patrick Sylviano de Gallard.

Si les habitants ne sont pas forcément bien au courant de ce qui les attend, cette transformation sera massive pour le quartier qui compte actuellement 1 607 logements sociaux. Ce jour-là dans le quartier, une grande question est sur toutes les bouches : qui devra déménager pour faire place à de futurs propriétaires privés, et quand cela interviendra-t-il ? Aucun relogement ne devrait être nécessaire pour les rénovations et isolations extérieures des tours restant dans le parc des bailleurs sociaux, assurent l’Office municipal HLM de Nanterre qui possède six tours (et cinq après rénovation, Ndlr), comme Hauts-de-Seine habitat et ses 12 tours (et six après rénovation, Ndlr).

« On est très loin de tout ça, indique Farid Boulegroun, responsable de secteur chez Hauts-de-Seine habitat. Nous avons encore deux ans devant nous, pour l’instant, nous en sommes aux prélèvements liés à l’amiante sur certaines tours. » Concernant l’office municipal comme celui du département, des relogements sont d’abord envisagés dans les logements sociaux prévus dans le nouveau quartier des Groues, ainsi qu’aux Terrasses de Nanterre.

Hors de leur avenir personnel, les habitants présents lors de la visite consacrée au cadre de vie n’ont pas ménagé le conseiller municipal présent quant à la situation actuelle du quartier. « Il y a des problématiques autour du stationnement, et de manière générale de la propreté, avec encore des choses à améliorer », reconnaît Samir Abdelouahed (DVG). « On est conscients que le cadre de vie, le quotidien doit avoir aussi son importance », remarque-t-il devant les présents à la visite.

« On a fait ce constat », admet-il peu après, dans le quartier et face à une habitante lui indiquant des problèmes de déchets sauvages. « Mais on ne fait que ça, des constats ! », lui renvoie-t-elle aussitôt. « Le but n’est pas de se dire que le quartier est rose », confie l’élu à la fin de la visite en promettant : « Tout ce qui a été évoqué, on l’a noté, on va le faire. »

« Le quartier était très bien, tout était propre, nous avions chacun notre arbre, maintenant, il n’y a plus rien ! », fait remarquer une habitante âgée, présente aux tours Aillaud depuis une quarantaine d’années.

L’autre aspect décrié unanimement par les habitants croisés concerne la sécurité, ou plutôt le sentiment de son absence. Au cours de la visite, comme une confirmation, sont croisés quelques voitures brûlées, et un amateur de roues arrières juché sur son scooter au coeur des tours, sur la dalle accueillant la sculpture du serpent. Un médiateur croisé lors de la visite reconnaît sans peine la difficile situation du quartier pour ses habitants.

« C’est un quartier diversifié, avec ses bons et ses mauvais côtés », ceux de bien des grands ensembles sociaux, analyse Loubna Benazzi, directrice de l’association sociale Authenti-cité, très active dans le quartier. « On ne voit pas de travaux commencer, ce n’est pas évident pour les gens de se projeter », commente-t-elle du peu d’intérêt perceptible pour le chantier à venir. L’association prévoit une réunion à destination des habitants ce 20 juin (l’amicale Aillaud fraternité compte aussi en organiser une en septembre, Ndlr).

« Ce genre d’événements peut aussi permettre de discuter et d’informer, mais il n’y a pas une mobilisation très importante des habitants, reconnaît de la visite de ce mercredi 29 mai la directrice. Ca fait plusieurs années qu’on leur parle de rénovation et […] on ne voit pas les travaux, ça prend du temps, c’est peut-être pour ça que les gens ne sont pas aussi réceptifs… » Les bailleurs et la mairie prévoient de mettre en place des éléments d’information et des animations dans les semaines à venir. Mais aujourd’hui que se débloquent progressivement financements et accords de l’État, le principal défi semble désormais concerner la capacité à impliquer les habitants dans la rénovation de leur quartier.

Dans les six tours réaffectées, logements privés et activités pour la mixité du quartier

Les activités pourront évoluer, mais la programmation de logements, elle, semble bien arrêtée. Selon nos informations, il est prévu la création de 262 appartements en accession privée à la propriété au sein de quatre des six tours Nuages à l’usage modifié par le projet du groupe Altarea-Cogedim : celles situées au 1 allée des demoiselles d’Avignon, au 123 avenue Pablo Picasso, ainsi qu’aux 17 et 29 allée de l’Arlequin. Celle du 151 avenue Pablo Picasso recevrait 150 chambres et studios en location privée. Les six tours Nuages à l’usage modifié, et celle qui sera détruite, représentent 531 logements sociaux.

Le projet prévoit également, en bordure du quartier, la création de 250 appartements en accession à la propriété dans le cadre de constructions neuves, à l’emplacement d’immeubles de logements sociaux situés aux 109-115, ainsi qu’aux 129-135 avenue Pablo Picasso. Ils accueillent actuellement 138 appartements, dont 66 pour la résidence seniors qui seront reconstruits sur place.
Côté activités, la tour du 151 avenue Pablo Picasso pourrait recevoir un centre culturel, un incubateur de jeunes pousses de l’économie sociale et solidaire, un institut de formation aux métiers du numérique en trois ans, et une entreprise sociale. Un restaurant-guinguette doublé d’un service de traiteur, faisant travailler les seniors du quartier et des précaires de Nanterre, s’installerait dans la tour du 29 allée de l’Arlequin.

Dans les tours du 1 allée des demoiselles d’Avignon comme au 123 avenue Pablo Picasso sont envisagés un centre de santé privé de 15 à 20 professionnels, ainsi qu’un équipement public non défini. Dans la tour du 17 allée de l’Arlequin est souhaité l’installation d’une école de formation à Bac+2 aux métiers du numérique elle aussi destinée à l’inclusion. Enfin, la tour située au 24 allée de l’Arlequin pourrait héberger une auberge de jeunesse, ainsi que des activités dédiées aux habitants du quartier.

Mise à jour, 6 juin 2019 : Dans une précédente version de cet article, il était indiqué que Patrick Sylviano de Gallard était “résident” et non “président” de l’Amicale Aillaud-fraternité. Une inversion entre les patrimoines respectifs du bailleur municipal et départemental a également été rectifiée.